06/02/2014

MISSION PAR GUILLAUME


Je dois écrire, et vite. Car cette émotion qui me transperce va s'en aller, disparaitre, si vite. Trop vite, me voilà à peine dehors que les discussions reprennent, les avis fusent, et je ne veux surtout pas m'éloigner de ce ressenti pur que cette pièce m'a apporté. Alors c'est dans la foulée, sans réfléchir, que je pose ces mots qui ne seront qu'une pâle expression de ce prêche peu commun.

Une véritable crise de foi, et sans indigestion.

Un homme, tenant difficilement debout sous le poids de la vie, s'avance timidement vers un micro pour nous raconter son expérience de Père blanc, sa vie de missionnaire. De l'anecdote tranchante, qui fait rire aux éclats le public, aux souvenirs amers de l'absurdité et de la cruauté humaine, j'ai oublié que j'étais au théâtre. Sûrement grâce à ce comédien, qui vit ses émotions bien plus qu'il ne les joue, j'ai voyagé, j'ai ri de l'absurde monde européen, de sa logique si éloignée de l'Eternel, et j'ai pleuré également, de la faiblesse de l'homme face à ses démons, de ses massacres à répétitions, qui ne sont pour nous « que des nombres » et dont la presse fait si peu écho...


C'est évidemment difficile de parler de Dieu, aujourd'hui. C'est un terme quelque peu galvaudé, et pour la Foi c'est pis encore. Alors proposer un spectacle si peu « spectaculaire », prenant la forme d'une conférence, d'un séminaire, avec pour seule scénographie une scène vide et en son centre un micro, et réussir malgré tout à nous tenir en haleine pendant presque deux heures pour parler de Foi, cette Foi qui pousse certains à aider les autres, parfois au détriment d'eux-même, j'ai trouvé ça beau.

Malheureusement, et ce n'est que mon avis, c'est au moment où l'on oublie véritablement le spectacle, que l'on prend ces mémoires pour argent comptant, que ces meurtres, ces viols, cette souffrance amène notre séminariste vers ce qui semble être la base de la Foi, c'est-à-dire le doute, la crise, c'est à ce moment précis que le voile se lève, si j'ose le rapprochement, c'est à ce moment-là que le théâtre nous ramène au théâtre, dans notre petit confort, dans notre fauteuil douillet. Or, si le message peut en être d'autant plus percutant pour certain, en les confrontant violemment à leur réalité (temporelle et provisoire), pour moi cette rupture dévalorise le travail fourni jusque-là pour nous faire justement oublier que ceci n'était « que » fiction...

Je terminerai avec une phrase qui m'a profondément parlé : « Si la Foi est irrationnelle, elle est profondément raisonnable... »
À bon entendeur.


Guillaume Pidancet

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